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Évacuation: autrement dit "Cela ne m'arrivera jamais.."

par Mary Culham, épouse du CDM, Caracas

"Vous êtes évacués"...Ces mots ont l'effet d'une douche glacée. J'ai eu un choc sur le coup, je ne pouvais pas le croire et je me disais que cela n'était pas possible...puis, en un clin d'oeil, on a quitté au plus vite!...La différence est que l`évacuation d'un poste peut se faire prématurément. Partir avec les enfants en abandonnant mon mari ? C'est impensable! On ne peut pas négocier, c'est un ordre. Même si vous protestez de tout votre coeur, en fait, il faut faire les bagages au plus vite. Est-ce que la plupart d'entre vous le savent que lorsqu'ils doivent quitter dans les 24 heures, ils doivent répondre "oh! écoutez-moi; je dois vérifier les DSE à ce sujet"?

Parlant comme une personne qui n'a pas lu les directives avant de faire mes bagages, laissez-moi vous dire que même si vous essayez de comprimer vos effets personnels, vous ne réussirez pas à les mettre dans un seul sac; on vous permet d'avoir un "excédent de poids". Alors, comme vous apportez avec vous des choses pour "quelques jours ou pire quelques semaines", réalisez que cela peut durer plus longtemps que ce que vous aviez pu imaginer. Donc, ne prenez pas de chance, apportez tout ce que vous aurez besoin en cas d'absence prolongée.

Le ministère vous attend. Il communique avec nous avec bienveillance et professionnalisme, un vrai désir de vous aider. Vous serez logés dans une suite à l`hôtel. Vous recevrez des allocations pour les repas et pour les vêtements d`hiver, un minimum "en attendant". Ça commence bien! Durant les premiers jours, vous serez remboursés selon la directive pour vos frais de taxi aller-retour de l`hôtel au ministère afin de savoir ce qui va se passer. La suite de l'hôtel avec un coin cuisine c'est bon pour quelques jours même pour une semaine...mais il n'y a pas de cuillères à mesurer, pas de grandes casseroles, pas de poêlons pour une famille, pas d'épices dont vous avez besoin quand vous cuisinez pour une famille quand les jours deviennent des semaines. ..pas de fin en vue! La région d'Ottawa est très agréable pour y vivre..et vous pouvez amener vos enfants au Camp Fortune, ou encore dans les différents musées. Il y a les centres d'achats où vous pouvez profiter du temps des soldes pour acheter les vêtements dont les enfants auront besoin pour l'école...mais votre voiture est à la maison dans le garage à l'étranger: pas ici! Vous êtes toujours seule; vous avez besoin de communiquer avec votre parenté. Le coût des communications téléphoniques à l'hôtel est astronomique. La solution serait de se servir de courriel électronique mais votre ordinateur est aussi resté dans la maison du pays que vous avez dû quitter, et un cybercafé n'est pas possible quand vous vous réveillez à 2 heures du matin et que vos enfants dorment à vos côtés. Les frustrations s'accumulent; les évacués deviennent claustrophobiques et colériques. Ils veulent retourner à la maison. Est-ce à ce moment-là qu'ils communiquent avec SERV pour avoir l'aide de conseillers professionnels? J'en doute fort!

On arrive à un point où on ne peut plus accepter cette situation plus longtemps sans plier sous le poids (émotionnel autant que financier) à porter dans ces circonstances qui n'en finissent plus.

Vous avez besoin d'un ordinateur mais vous n'êtes pas une employée et le ministère ne peut pas vous en prêter un. Vous en louez un à vos dépens. Non seulement vous avez besoin d'un manteau, des bottes, des mitaines que l'on vous a donnés à l'arrivée, mais il vous faut des lainages et autres vêtements d'hiver que vous devez acheter à vos frais. Puis, vous vous rendez compte que votre mari doit payer les frais de votre logement à Caracas sans en profiter. Cela coûte TRÈS CHER. Et la pression monte. Encore et encore, vous vous remontez le moral "afin de repartir" mentalement / positivement, et de rester en forme, semaine après semaine mais...La réalité - est - dure. De plus en plus difficile et complexe que ce à quoi on était préparé. Il y a des moments de solitude, d'autres où l'on essaie de mener une vie normale, avec des enfants qui ont leurs propres réactions aux évènements et la frustration de ne pas avoir leurs effets personnels qui sont restés à la maison où ils les avaient à la portée de la main et dont ils ont vraiment besoin "ici" pour se sentir bien. Il y a aussi, le manque des amis d'à côté, le sentiment de se sentir étranger, les inquiétudes pour votre proches, mais aussi pour vos amis, vos collègues et vos aides domestiques que vous avez laissés derrière! Et la liste continue...

Qu'est-ce que le ministère peut faire de plus pour nous aider?

Au nom de tous les évacués, voici quelques suggestions:

  • Préparez des trousses d'objets dont les gens ont besoin quand ils sont "évacués" - des choses aussi simples que les pots, les poêles à frire, des cuillers à mesurer, des jeux de backgammon. De cartes ( comme les ensembles utilisé lors des déménagements);
  • Mettre à la disposition des gens des ordinateurs, faciliter l'accès à des voitures, l'accès immédiat à des tests de Mentoux pour les enfants d'âge scolaire, ( tel qu'exigé par les écoles pour inscription), l'accès à des médecins et dentistes que nous pouvons rencontrer;
  • Sur un plan plus personnel: venez au devant de nous. Que quelqu'un téléphone à chacun des évacués ( père, mère, enfants) plutôt que d'attendre qu'ils viennent à SERV. Informez-vous d'eux et assurez le suivi ( si on vous répond "Oh, nous sommes bien", c'est probablement parce qu'ils n'ont pas encore réalisé ce qui leur arrive);
  • Dites-leur quelles possibilités s'offrent à eux (comment peuvent-ils connaître les réponses quand ils ne savent pas quelles questions ils doivent poser?);

Pour résumer le tout, vous devez prendre en considération les besoins de chaque individu et ceux de chaque famille. Soyez flexible si nécessaire, lorsqu'il s'agit du lieu et du moment. Mettez à leur disposition les outils dont ils ont besoin pour être autonomes, mais restez proches d'eux. L'évacuation est un situation difficile...réelle, personnelle, et totalement en dehors de leur contrôle. Ils comptent sur vous.