par Andrew Caddell
S’ils ne sont pas déjà trop occupés à griller un steak sur le barbecue, ou à se jeter dans la première piscine venue, la Fête du Canada est l’occasion idéale pour les Canadiens de réfléchir à leur identité. Du moins est-ce comme cela que je l’imagine, puisque vivant en Europe, je dois me contenter de célébrer le 1er juillet en compagnie d’un petit groupe d’expatriés et de diplomates.
L’on dit souvent que les Canadiens éprouvent de la difficulté à se définir, mis à part le recours au cliché habituel de ‘ ne pas être Américains’. Pour ma part, au terme de cinq années passées à l’extérieur du pays, je commence à acquérir une perspective bien différente.
Même si j’ai résidé un peu partout au Canada, de Calgary à St-Johns, et que j’ai fait des études approfondies en histoire canadienne, ce n’est que depuis mon départ du pays qu’il m’est possible d’apprécier le Canada et les Canadiens sous un angle nouveau. Comme l’écrivait le poète Robert Burns, ‘ quel grand pouvoir que le don de se voir soi-même comme les autres nous voient ‘. S’agissant de ma dernière Fête du Canada à l’étranger, qu’il me soit permis de relater comment les Canadiens y sont perçus, grâce aux souvenirs kaleidoscopiques que je garde de mes séjours dans trois continents.
De prime abord - il faut s’y attendre avec un brin d’irritation- on nous prend pour des Américains. Et pourquoi pas? Après tout, la ressemblance est frappante : nous avons des goûts vestimentaires et culinaires communs, et à l’oreille inattentive, nous possédons le même accent. Pourtant, aussitôt le passeport brandi et l’identité canadienne déclinée, les attitudes changent.
À la veille du référendum au Québec, un garde-frontière suisse me retint plus longtemps que nécessaire, désireux de me confier qu’il espérait de tout cœur que le Canada reste uni parce qu’il offrait à son pays trilingue un modèle incomparable de dynamisme fédéral. Les travailleurs d’aide internationale m’ont affirmé qu’il plaçait le Canada en tête de liste des pays à solliciter puisque l’engagement actif des Canadiens à soutenir les bonnes causes s’avérait également exemplaire.
Nos aptitudes linguistiques apparemment légendaires mènent parfois à certains quiproquos : en effet, les Européens restent convaincus que tous les Canadiens sans exception maîtrisent parfaitement les deux langues officielles. Il en va de même pour nos talents d’hockeyeurs Y Pour les gens que j’ai rencontrés dans un village reculé de la Côte d’Ivoire, le Canada inspire réellement confiance; seul ‘ le trop grand froid qui y sévit’ les font hésiter à s’y établir. Par ailleurs, dans les camps de réfugiés en Macédoine, on ne tarit pas d’éloge envers notre pays, non seulement en raison de notre participation à la guerre du Kosovo, mais aussi parce que là-bas, le Canada est synonyme de terre d’accueil, de paix et d’harmonie ethnique.
Au Bengladesh, les tireurs de pouse-pousse esquissaient un large sourire à chaque fois que je leur révélais ma provenance : ‘ les Canadiens sont ont bon peuple’. Dans sa quête de s’installer dans un pays où il fait bon vivre, un gérant de banque pourtant assez propère désirait émigrer au Canada, où selon lui, la corruption et la pollution n’existent pas.
C’est de mon père que j’ai finalement appris la notion de patriotisme. Lorsqu’il retourna pour la première fois en Italie où il avait combattu durant la Deuxième Guerre mondiale, je l’ai vu redresser avec fierté son vieux corps de 82 ans pour saluer l’Unifolié à Casa Bernardi, à la mémoire de ses compagnons d’armes tombés au champ d’honneur cinquante ans auparavant. En parcourant à vélo la corniche de Vimy, Beaumont Hamel et Juno, j’ai pleuré comme un enfant au souvenir de ce cousin dont la vie avait été brutalement fauchée dans la fleur de l’âge, deux jours après le Débarquement de Normandie. Son sacrifice, comme celui de tant d’autres, a contribué à faire de notre modeste patrie un pays aux valeurs inébranlables.
Nos propres difficultés domestiques furent certes, à l’occasion, source d’embarrassement, qu’il s’agisse de nos rapports avec les autochtones ou du séparatisme québécois. Mais toujours ces questions ont été soulevées de manière civile et respectueuse : si le Canada n’est pas exempt de problèmes, il est en revanche parfaitement capable de les régler lui-même.
À la veille de mon retour au pays, l’origine de ma fierté d’être Canadien ne saurait être plus claire. Comme le disait éloquemment Sir Wilfrid Laurier, ‘ ma paroisse est le monde entier et ma religion est de faire le bien ‘. S’il existe sur cette terre une véritable société ouverte et internationale, c’est bien la nôtre. Plutôt que de briser nos traditions ou même de les ignorer, nous devrions nous efforcer à reconnaître la valeur de notre patrimoine qui fait de nous un peuple bon et grand. Le reste du monde sait fort bien ce que représente le mot ‘ Canada ‘. À nous maintenant d’en célébrer pleinement la signification. Bonne Fête du Canada!
Cet article parut originalement dans la Gazette de Montréal en juin 2000.