Gagnante de la bourse: Coralie Charland
Fille de diplomate, je suis née à l'étranger et j'ai vécu plus des deux tiers de ma vie à l'extérieur du Canada. Je m'estime heureuse d'avoir pu voyager aux quatre coins de l'Europe et d'avoir pu profiter du riche héritage culturel du vieux continent, et ce, à un si jeune âge. J'ai vu bien des sites historiques et bien des paysages typiques, goûté à de nombreuses spécialités culinaires, entendu diverses langues, chants et musiques, et admiré les différences de luminosité du soleil à presque toutes les latitudes de l'hémisphère nord !
J'étais une enfant, et ma vie tournait autour de l'école. J'ai fréquenté, dans les pays non francophones, des lycées à petits effectifs avec un meilleur ratio professeurs étudiants, mais souvent avec un déficit d'équipement, de locaux et de laboratoires. L'adaptation y était facilitée parce que nous étions presque tous enfants de parents expatriés, donc solidaires. C'est à la fois fantastique et difficile d'avoir de nombreux amis disséminés à travers le monde. On apprend vite que les vrais amis sont ceux qui, comme nous, se forcent pour que la distance entre nos êtres ne change rien; n'empêche que perdre contact avec quelqu'un blesse toujours autant.
A l'étranger, j'ai souvent ressenti une certaine fierté face à ma nationalité car cela me rapportait bien des éloges sur la beauté de mon pays, qui n'est d'ailleurs pas plus le mien qu'un autre, puisque je le connais à peine.
De retour au Canada, mes sentiments sont variés. Est-ce de l'envie lorsque je vois les jeunes de mon âge sortir avec leur cercle d'amis d'enfance ? Est-ce de la nostalgie lorsque je me rends compte que malgré ma nationalité, je ne sens pas que j'ai des racines ici plus qu'ailleurs ? Est-ce de la solitude lorsque je passe des heures à envoyer des courriels à mes amis lointains ?
Mon sentiment d'appartenance est mitigé. Je suis pénalisée parce que j'ai eu une enfance hors norme. Certes, je suis citoyenne canadienne, fille d'un diplomate employé par le gouvernement, mais puisqu'aucun formulaire ni loi ne se penche sur notre situation, je fais partie des cas problématiques. Et ma non-conformité est accueillie avec soupirs. On est repoussé par une bureaucratie qui nous fait sentir qu'on ferait mieux de retourner à l'étranger au lieu de lui compliquer la vie. Tout devient plus complexe, plus long, pour répondre à un besoin de paperasse qui s'avère être absurde.
Quel désillusionnement lorsque, espérant retrouver un pays souche accueillant et compréhensif, on est heurté à un monde qui nous reconnaît à peine; on se sent perdu dans un territoire inconnu parmi des gens qui nous demandent d'où on vient, comme si on le savait, tiens. Comment leur faire comprendre que je suis née à tel endroit, mais citoyenne d'ici, et que je n'appartiens et ne viens de nulle part en réalité puisque j'ai vécu dans cinq pays différents ? Comment se faire accepter par des gens qui s'intéressent peu ou pas à notre passé hors du commun, qui veulent nous amputer de notre vie car elle n'a aucun rapport avec la leur ?
En fin de compte il ne reste qu'un seul désir. Continuer de voyager de vie en vie, car où que l'on soit il y a un autre endroit qui nous manque.
Et ne pas regretter ce que l'on a jamais eu. Ne pas se sentir abandonné telle une épave, mais rechercher et rejoindre ceux de sa tribu. Ceux qui ne connaissent pas la sédentarité, qui n'ont pas d'attaches, qui sont cosmopolites. Comme moi.
Coralie Charland